Archive de décembre 2010

L’autoroute 30 saura-t-elle concilier développement et environnement?

L’autoroute 30 est en voie de se concrétiser sur notre territoire. Après plusieurs décennies d’attente la voilà qui arrive au galop. Loin d’être contre la réalisation de ce projet d’envergure, j’aimerais vous faire part de ma vision sur la future voie de contournement de notre métropole.

Avant l’ouverture du tronçon de l’autoroute 30 entre Sainte-Catherine et Châteauguay en 1992, les cerfs de Virginie, les orignaux, les coyotes et les autres animaux terrestres passaient des terres de Saint-Isidore et de Saint-Constant à la réserve de Kahnawake pour ensuite se rendre jusqu’au fleuve Saint-Laurent. Maintenant, il ne reste plus que le corridor de la ceinture verte Châteauguay-Léry qui permet aux espèces terrestres de se déplacer des terres agricoles jusqu’au lac Saint-Louis. C’est le dernier corridor vert existant sur la rive sud de Montréal qui n’a pas encore été sectionné par un système autoroutier.

L’île de Montréal est presque entièrement entourée de voies rapides: 640, 440, 20, 15, 30. Sur la rive nord, le parc d’Oka est la seule berge qui n’est pas encore bordée par une autoroute puisque l’autoroute 640 se termine à Pointe-Calumet. La rive sud sera entièrement cernée par des voies rapides lorsque l’on complètera l’autoroute 30. Afin d’éviter les collisions entre la faune et les automobilistes, on y installe des clôtures qui empêche les grands mammifères de traverser ces voies de communication. Les espèces qui réussissent à passer les grillages risquent de se faire heurter par un véhicule. Les autoroutes deviennent donc des barrières quasi infranchissables par la faune terrestre.

Tout au long de leur vie les animaux ont besoin de se déplacer pour se nourrir, se reposer, se reproduire, ou encore pour conquérir de nouveaux territoires. Un territoire trop fragmenté entraîne l’isolement des populations. Le manque d’apport génétique étranger cause une baisse de la fertilité et rend la population plus sensible aux maladies. Des populations disparaissent lentement provoquant ainsi une diminution de la diversité biologique.

Si l’on veut conserver notre biodiversité nous devons agir contre la fragmentation de nos territoires naturels. Il existe sur Terre des infrastructures qui permettent à la faune terrestre de traverser une autoroute sans même risquer de se faire frapper par un véhicule. Des «écoducs» ont été bâtis un peu partout afin de favoriser le déplacement des espèces par-dessus ou par-dessous les routes.

Un de mes rêves est de voir ce type de construction sur la future autoroute 30. Dans le Parc National de Banff, un viaduc de 50 mètres de large a été conçu spécialement pour permettre aux animaux de traverser l’autoroute transcanadienne. C’est trop peu mais les études sont concluantes: grizzli, wapiti, loup, etc., utilisent ce passage.

Le trajet de l’autoroute bifurque vers le secteur boisé de la ceinture verte à partir de la ligne d’Hydro-Québec qui passe à côté de l’hôpital Anna-Laberge. L’idéal serait de bâtir un tunnel de plusieurs centaines de mètres de long où l’autoroute a fractionné une zone boisée afin d’y faire passer sous terre les nombreux véhicules qui emprunteront l’autoroute 30. Ce passage pour la faune réunirait deux secteurs boisés qui ont été fractionnés afin de bâtir l’emprise de l’autoroute à cet endroit. Certains reprocheront que mon projet a trop d’envergure. Je serais quand même heureux de voir un écoduc de 50 mètres de long ou tout autre ouvrage permettant à la faune de se déplacer des terres agricoles vers notre ceinture-verte.

Le péage de 0,6 $ à 1,4 $ sur le pont du Saint-Laurent pourrait être un peu plus élevé afin de défrayer le coût de l’écoduc. Combien pensez-vous que l’on économisera d’essence pour se rendre de Châteauguay à Vaudreuil sans passer par l’île de Montréal? Je crois bien que ce sera certainement 2-3 dollars. En plus, il y aura beaucoup de camionneurs qui emprunteront cette voie de contournement. Combien de temps et d’argent pensez-vous qu’ils économiseront en évitant les bouchons de circulation de l’île de Montréal? Cet écoduc est, selon moi, facilement remboursable.

On pourrait s’assurer que l’argent investi pour la construction de cet écoduc retournera dans les poches des travailleurs d’ici. Ce projet ne mettrait pas seulement Châteauguay-Léry sur la carte mais également la ville de Montréal. La province de Québec et le Canada tout entier tireront profit de ce projet de corridor écologique en périphérie d’une zone métropolitaine où les pressions d’étalement urbain sont très fortes. Nous avons une occasion en or de démontrer aux gens de partout sur Terre que nous souhaitons vivre sur une planète saine et que nous avons à cœur la préservation de nos espaces naturels et de notre biodiversité.

Ce projet pourrait s’inscrire dans un volet de développement de la ceinture verte de la rive sud du Saint-Laurent. Je serais fier de montrer le futur pont de l’autoroute 30 à partir de la berge du manoir des Sœurs grises et je dirais à tout le monde que nous avons une autoroute verte à deux pas de chez nous!

Marc-P. Christophe
Le Géophysicien batelier à l’embouchure de la rivière Châteauguay