Ma Forêt retrouvée
Lorsque j’étais enfant, j’habitais à LaSalle, près d’un boisé adjacent à la maison des Petites Sœurs de l’Assomption.
Ce boisé était pour moi une véritable forêt. Mystérieuse, attirante et terrifiante à la fois, comme dans les contes que je connaissais: Le Petit Poucet, Le Petit Chaperon rouge, Blanche-Neige et les Sept Nains. Si les forêts des contes d’antan n’étaient pas très rassurantes, les illustrations de Gustave Doré les rendaient encore plus effrayantes. Heureusement que dans les films de Walt Disney elles étaient plus sympathiques.
Il est d’ailleurs intéressant de lire ce qui a été écrit sur la symbolique des forêts dans les contes de fées. Il est question de danger, de peur, de quêtes et d’épreuves mais aussi de rencontres magiques, de victoires et de liberté.
Mais revenons à mon boisé. J’aurais bien aimé m’y promener, mais cela m’était défendu. Et pour être bien certain que je ne m’y aventure pas seule, mon père m’avait raconté qu’un homme méchant y habitait et qu’il attrapait les enfants. Dans la forêt du Petit Poucet vivait aussi un ogre qui mangeait les enfants!
Un jour, un voisin proposa à mon père une promenade dans le boisé. Je fus étonnée qu’il accepte l’invitation. Et ma surprise fut plus grande encore lorsqu’il me permit de les accompagner. Depuis le temps que j’en avais envie, j’allais enfin explorer ce monde inconnu. Je les suivais dans le petit sentier. Il était probablement tracé par les allées et venues des jeunes du quartier, que personne, de toute évidence, ne dévorait. Mais je ne m’étais pas posé la question; il y avait toujours un sentier dans les forêts, c’est bien connu. À un tournant du chemin, mon père s’arrêta pour me montrer… une petite cabane de bois. Construite par les jeunes, sans doute. Mais moi, j’avais vu la maison de l’ogre. Aucun danger que j’y retourne seule.
L’été suivant, un immeuble à logements a remplacé la splendide demeure des religieuses, la forêt a disparu et le petit sentier s’est transformé en une avenue bordée de duplex.
Depuis ce temps, j’ai souvent eu l’occasion de me promener dans les bois ou d’y faire du ski de fond. Aujourd’hui, j’ai même la chance d’habiter pas très loin d’un boisé beaucoup plus grand que celui de mon enfance à LaSalle. Une véritable forêt. C’est l’endroit privilégié pour chasser mes soucis et trouver le calme.
L’autre jour, en marchant dans le boisé, j’ai aperçu au tournant d’un sentier une petite cabane de bois et cela m’a ramenée plusieurs années en arrière. Je me suis rappelé que le père du Petit Poucet avait perdu ses enfants dans la forêt, tandis que le mien ne voulait pas m’y laisser entrer. Et j’ai souri. Le Petit Poucet était revenu vivant à sa maison, et moi, maintenant, je vais dans la forêt quand ça me plaît.
Jacinthe
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