Je favorise donc une protection maximale voire intégrale (un genre de scénario D) ou «C»
Mémoire déposé par Claude Perron en réponse aux scénarios d’urbanisation offerts par la Ville de Châteauguay au 14 août 2009.
Mémoire présenté à la Ville de Châteauguay
Introduction et prise de position
Sachez d’emblée que je suis favorable à une conservation intégrale de ce qu’il est convenu d’appeler la ceinture verte de Châteauguay. Dans ce sens le scénario C du document «Conservation et développement du secteur Sud-Ouest» est celui qui correspond le plus à ce que j’entrevois comme avenir pour ces espaces verts.
D’autre part, sachez que ma position et le présent mémoire n’ont aucune prétention scientifique. Je laisse en effet à des organisations qui ont des compétences reconnues en la matière (je pense par exemple à Héritage Saint-Bernard) ou qui ont investi le temps et les énergies nécessaires pour ce faire (je pense ici à SOS Fernand-Seguin) les aspects scientifiques et techniques de la question.
1. Rejet des scénarios A et B
En ce qui me concerne je rejette complètement le scénario A lequel ne me semble avoir de sens qu’en fonction de faire accepter le scénario B comme compromis supposément à «raisonnable». En effet, ce scénario A me paraît carrément impossible à réaliser considérant la quantité de milieux humides qui disparaîtrait, lesquels sont protégés de façon quasi intégrale des lois québécoises comme je l’ai appris de la bouche du maire Pavone lors de la séance d’information en anglais du 22 juin dernier.
Je rejette aussi le scénario B qui, tout comme le scénario A, n’a aucune raison d’être à mes yeux sinon une conception rétrograde et erronée de la croissance et du développement ou encore des bénéfices financiers à court terme pour certains.
1.1 Deux conceptions de la croissance ou du développement.
D’abord pour ce qui est de cette conception rétrograde et donc erronée de la croissance et du développement. Il s’agit d’une conception qui date du XIXe siècle et de la première partie du XXe siècle, alors que croissance et développement étaient associés à une augmentation incessante et illimitée de la production de biens et de services, conception qualifiée par certains de productiviste. Or, depuis les années 70 tout au moins, tant les sciences de la nature que les sciences humaines ont fait ressortir les graves inconvénients sinon les dangers de ces conceptions de la croissance et du développement. Non seulement a-t-on pris conscience que les ressources dont nous disposons sont bel et bien limitées, mais aussi forcément épuisables, ce qui menace l’équilibre de nombreux écosystèmes et donc la survie de nombreuses espèces vivantes, incluant l’espèce humaine. Les recherches on ne peut plus sérieuses allant dans ce sens sont légions: du «Rapport de la Commission mondiale sur l’environnement et le développement» de l’ONU intitulé «Notre avenir à tous» et mieux connu sous l’appellation de Rapport Bruntland en 1988, jusqu’aux plus récents rapports en 2006 du Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC) aussi parrainé par l’ONU.
Un simple suivi de l’actualité journalistique confirme malheureusement régulièrement les conclusions de ces recherches: ce à quoi on assiste désormais c’est la croissance et le développement de la pollution, de la crise de l’énergie, de l’appauvrissement des sources d’eau potable, du réchauffement du climat… sans compter les conséquences sur les conditions de vie des humains: croissance de la dégradation de la santé, de l’aliénation au travail, («perdre sa vie à la gagner»), de l’anomie (perte de balises claires ou de normes permettant d’orienter la société et les moyens qu’elle offre pour les satisfaire), croissance d’une «science sans conscience», de la «dictature» des prétendus experts, des inégalités et des diverses formes de violence qui s’en suivent.
Toute personne le moindrement informée ne peut que constater que la conception du développement en terme de productivisme est non seulement caduque mais qu’elle représente un réel danger pour notre environnement et pour notre espèce.
Me suis-je trop éloigné de la problématique de la «Croissance et du développement du secteur Sud-ouest» ou plus directement puisque c’est de cela dont il s’agit, de l’avenir de la ceinture verte de Châteauguay? D’aucune façon puisque si les problèmes liés au développement de type productiviste sont globaux, les solutions passent aussi (d’aucuns diront surtout) par des solutions et des gestes locaux. C’est dans ce sens qu’il nous faut préserver intégralement le peu d’espaces verts qu’il nous reste à Châteauguay (et à Léry).
Châteauguay a la possibilité et doit donc contribuer à défendre et à favoriser une autre conception du développement axée sur la conservation des ressources, la protection de l’environnement et sur la qualité de la vie. Ceux (et j’imagine un jour «celles») qui dirigeront la Cité devront être de leur siècle et devront donc inciter leurs concitoyens à concevoir le développement autrement qu’en termes quantitatifs (construction d’édifices, de routes, augmentation des services, rentrée de taxes, augmentation des dépenses, des emprunts… bref, concevoir une croissance et un développement en d’autres termes que ceux du béton et du budget). La protection de la ceinture verte de Châteauguay est une excellente occasion d’aller dans ce sens.
Qui plus est, je pense que les citoyens et citoyennes de Châteauguay comme ailleurs au Québec, sont sensibles à cette problématique et sont prêts pour ce réalignement. Encore là un simple coup d’œil à l’actualité journalistique récente en témoigne. Je pense en particulier à l’opposition citoyenne au projet de port méthanier (Rabaska) dans la région de Lévis ou encore à la privatisation d’une partie du Mont Orford et plus près de nous au projet de centrale électrique au gaz à Beauharnois.
1.2 Intérêts à court terme.
Considérant ce qui précède, je suis persuadé que seuls les spéculateurs, les promoteurs, les firmes d’ingénieurs conseils, des entrepreneurs et des commerçants et en bout de ligne certains travailleurs (et syndicats) pourraient tirer des bénéfices financiers et ce à court terme de la croissance et du développement tels que prévus dans les scénarios du type A ou B. Les profits de quelques acteurs dits économiques, qui sont bien sûr les plus ardents défenseurs du productivisme, peuvent-ils toujours continuer de primer sur le bien commun? En ce qui me concerne, poser la question c’est y répondre.
Tout au contraire, conserver et préserver les quelques espaces verts de la région de Châteauguay ne peut que servir à l’ensemble de sa population et ce à long terme. Le scénario C assure à l’ensemble de la population de Châteauguay et de la région (et non seulement aux quelques privilégiés qui pourraient se l’offrir) d’avoir accès à des espaces verts, de bénéficier d’un environnement plus sain, d’augmenter leur qualité de vie.
À moyen terme, on peut même imaginer que la protection de l’ensemble de la ceinture verte de Châteauguay-Léry pourrait faire partie d’un projet plus vaste qui consisterait à favoriser un développement et une croissance actualisés de la ville et donc axés sur davantage d’espaces verts, de pistes cyclables, de plantations d’arbres, de récupération des matières compostables, des eaux de pluie… axés aussi sur la rénovation et l’embellissement du parc immobilier ainsi que sur l’aménagement urbain (je pense en particulier aux berges de la rivière). Augmenter la qualité de vie ne pourrait que donner plus de valeur aux propriétés des citoyens d’une part et d’attraits pour la ville d’autre part. Tous en sortiraient gagnants, même au plan quantitatif et financier.
Le scénario C
Pour toutes ces raisons je favorise donc une protection maximale voir intégrale (un genre de scénario D) du secteur Sud-Ouest. Faute d’une telle alternative, le scénario C, est celui qui correspond le plus à mon point de vue.
Conclusion
Je ne peux m’empêcher d’ajouter que j’imagine aussi, sur un tout autre plan, des millions de raisons de protéger intégralement la Ceinture verte de Châteauguay, à savoir les millions de plantes, de fleurs, d’arbres, d’insectes, de batraciens, d’oiseaux, de mammifères qui occupent ces espaces. Il y a autant de raisons de protéger les espaces verts qu’il y a de citoyens et citoyennes, de visiteurs potentiels de l’extérieur… «Et pour tous ceux et celles qui viendront après nous, ne détruisons pas la beauté du monde».
Post-scriptum:
En guise de post-scriptum à ce mémoire je ne peux m’empêcher d’attirer l’attention de mes éventuels lecteurs et lectrices au sujet de ce que je considère comme des vices de forme graves dans l’ensemble du processus de consultation. Le déroulement de la consultation m’est apparu tout sauf démocratique. Mon expérience personnelle à cet égard est sans équivoque.
D’abord, selon les consignes de la Ville, j’aurais dû assister à la séance d’information sur le thème «développement et conservation du Sud-Ouest» mercredi le 10 juin dernier puisque je suis résident du quartier 4. Étant en voyage cette semaine-là cela me fut impossible. Or, comme l’avenir de la ceinture verte de Châteauguay dont fait partie le Parc Fernand-Seguin me tient à cœur, je me suis donc présenté, à mon retour, à la séance du lundi 15, dans l’espoir d’expliquer ma situation et d’avoir accès à ladite séance.
Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, on m’en a interdit l’accès. Le responsable des séances, mon propre conseiller municipal puis le maire lui-même ont tenté de justifier cette politique d’exclusion. Certaines personnes auraient profité d’une séance pour crier et injurier le maire sortant et faire de la politique (sic) ou encore de la politicaillerie (re-sic). Ils ont tour à tour ajouté que de toute façon je pouvais avoir accès aux infos et au diaporama sur l’Internet et assister à la séance en anglais la semaine suivante, si je suis bilingue et disponible à ce moment il va sans dire.
J’ai eu beau expliquer que si des personnes avaient une attitude inacceptable («crier et injurier») ce qui ne serait sûrement pas mon cas, que je serais en mesure, comme la plupart des citoyens et citoyennes de cette ville, de me faire ma propre idée sur leur compte et que celle-ci ne serait d’aucune façon positive. J’aurais aimé qu’on me laisse juger par moi-même.
D’autre part, que certaines personnes «fassent de la politique» n’a rien d’étonnant dans un tel contexte. J’ai tenté d’expliquer à mon conseiller municipal que cette question (l’avenir de la ceinture verte à Châteauguay) est par essence politique au sens fort du terme: la discussion , le débat puis les choix qui seront faits concernent l’ensemble de la communauté. Or tous savent que dans un régime démocratique tous les citoyens et citoyennes doivent avoir accès à une information claire et complète, ainsi qu’aux discussions, aux débats. On a prétendu qu’il s’agissait de séances «neutres», sans parti pris. J’aurais aimé qu’on me laisse juger par moi-même.
Dernier argument de mes représentants pour justifier mon exclusion de cette séance, certaines personnes en profiteraient pour faire de la «politicaillerie» (comprendre: défendre des intérêts partisans). Or depuis quand les représentants de partis politiques (autres que ceux qui ont été élus!) ou ceux de regroupements citoyens sont-ils exclus des discussions ou des débats publics? «Ils font de la petite politique» (je cite mon conseiller)? Ils se servent du maire comme «punching bag»? (je le cite)? J’aurais aimé qu’on me laisse juger par moi-même.
Sur le site de la Ville, le maire écrit que «ces séances se tiendront par districts électoraux (quartiers) afin que vous soyez en mesure de prendre une décision éclairée». Mon jugement à cet effet est qu’on ne favorise ni une décision éclairée, ni la démocratie en divisant les citoyens et en brimant certains droits fondamentaux.
Or, j’ai finalement pu assister à la séance en anglais du lundi 22 juin, ce qui n’a en rien diminué mes appréhensions en ce qui concerne le processus de «consultations» mis en place par le conseil municipal.
D’abord, un panel d’experts nous a présenté différents points de vue, soutenant les trois scénarios, incluant le scénario A. Or ce scénario du développement intégral «du site à l’étude conformément au plan de zonage actuel intégral» tel que présenté dans le dépliant distribué à l’ensemble des citoyens est irréalisable. Cette zone comprend en effet d’importants marais qui sont protégés par la loi québécoise. Pour chaque pied carré de marais détruits la municipalité doit en créer un autre identique nous dit le maire en réponse à une question! Où donc les marais détruits dans le scénario A pourraient-ils être reconstruits sur le territoire de Châteauguay? Aucune réponse à cette question! Et ce ne sont pas les diapositives présentées par l’experte (sic) de la firme Dessault (pont vert au-dessus d’une autoroute, lac artificiel ceinturé de blocs appartements, ou encore trottoir récupérant l’eau de pluie… que réaliserait sans doute la firme Dessault qui peuvent représenter des éléments de solutions. Ces solutions ont été tout juste bonnes à dérider une bonne partie de la salle. Pourquoi donc nous proposer un scénario impossible à réaliser sinon pour favoriser le scénario B qui devient donc «un juste milieu» acceptable. L’astuce m’est apparue grossière.
Par ailleurs, bien que le maire ait insisté à plusieurs reprises pour dire que la séance en était une d’information et non de points de vue, de discussions ou de débats, dès la première question de la salle, il s’est lui-même permis de répondre et d’opiner longuement (en faveur du développement) à la grande surprise de plusieurs. Alors qu’un citoyen lui en faisait la remarque, le maire, offusqué, lui répliqua vertement qu’il était dans son droit de diriger les débats (pourquoi alors un modérateur installé au lutrin?) et donc d’intervenir comme bon lui semblait.
N’est-ce pas là un grossier vice de forme, un peu comme si le premier ministre du Canada ou du Québec présidait aux débats parlementaires ou encore comme le capitaine du Canadien était aussi l’arbitre du match! Les personnes présentes ne m’ont pas semblées dupes: plusieurs ont quitté la salle peu après cette intervention.
Enfin, alors que le maire concluait en remerciant les quelques personnes qui restaient d’avoir participé à ce «bel exercice démocratique» je suis resté plus que perplexe devant ce qui me semble un processus tout à fait biaisé: limitation de l’accès aux séances, division des citoyens et citoyennes, interdiction pour ceux et celles-ci de défendre des points de vue, de discuter ou de débattre (et donc de faire avancer la réflexion), informations incomplètes et donc trompeuses ce qui correspond à la définition de désinformation (à titre d’exemples, j’ai appris du maire, en réponse à une question de la salle, que le scénario B comportait la possibilité de blocs appartements de 8 étages ce dont il n’était pas question dans le dépliant distribué à la population ou encore où a-t-on vu, lors des séances des diapositives faisant ressortir la beauté des sites menacés par le développement!), vices de forme au plan de la procédure lors des séances… Bref, ce type de consultation ne correspond en rien à ma compréhension de ce qu’est la démocratie.
Dernière remarque sur le processus de consultation: j’ai la désagréable impression que ce mémoire est un peu comme une bouteille jetée à la mer. Qu’en fera-t-on? En quoi cela sera-t-il utile à faire avancer la réflexion et le débat? En quoi ce mémoire peut-il influencer le processus de prise de décision? Aucune idée. Fera-t-on des mémoires une analyse purement quantitative (combien en faveur de chacun des scénarios) ce qui est inquiétant quand on sait que pour le maire, un courriel d’une seule phrase constitue un mémoire. En fera-t-on une analyse qualitative en tenant compte des différents arguments qu’on y trouvera? Le résultat final de l’analyse sera-t-il l’objet de discussions et de débats publics? Mon expérience de l’ensemble du processus de consultation m’amène à croire que les dés étaient pipés, le conseil municipal et le maire au premier chef ayant déjà fait leur choix, soit le scénario B. Je suis donc perplexe et je me questionne au sujet de l’intérêt de ma participation au processus mis en place par le maire et son conseil. À suivre.
Forêt de Châteauguay-Léry, Québec
Reportage vidéo : la Forêt
Reportage vidéo : les milieux humides
sur le dossier en bref

