Un parc, ça se développe!
Mémoire déposé par Guy Turcotte en réponse aux scénarios d’urbanisation offerts par la Ville de Châteauguay au 14 août 2009.
Comité aviseur «Développement et conservation du Sud-Ouest», Ville de Châteauguay
Bonjour,
En réponse à l’invitation du Maire de Châteauguay, je vous fais parvenir mon opinion sur les scénarios de «développement et conservation» préparés à grand frais par vos consultants Plania, Dessau et machin-truc comptables associés.
Les chiffres
- Les superficies étudiées dans les trois scénarios présentés ne sont pas comparables; des écarts de près de 280 000 pieds carrés d’un scénario à l’autre…
- Des densités différentes d’aménagement ont été utilisées dans le but de favoriser le scénario B; le nombre de logements à l’hectare est de 75,7% plus élevé dans le scénario B que dans le scénario A et les revenus estimés sont à l’avenant…
- La construction de 847 mètres linéaires de rues a été inutilement ajoutée au scénario C; dans ce scénario, un seul bâtiment est prévu et il se situe au coin de deux rues déjà existantes (boulevards Brisebois et René-Lévesque). Ce qui ajoute une facture estimée de 5 058 284 $…
- La mise à niveau des réseaux collecteurs (fluvial-aqueduc-égouts) rendue nécessaire par le développement d’un nouveau territoire n’a pas été étudiée et pourrait ajouter des sommes astronomiques à la facture totale…
Pour ces raisons je crois que les impacts budgétaires nets présentés dans le document de la Ville sont incomplets et faussent notre compréhension des enjeux.
Les impacts environnementaux
- L’absence d’étude de l’impact hydrologique du drainage et de l’artificialisation d’une grande partie de la forêt met en danger la survie des milieux humides situés immédiatement à l’ouest du développement domiciliaire prévu dans le scénario B. On ne peut prétendre préserver un milieu humide si on lui coupe son approvisionnement en eau…
- L’impact environnemental du scénario B ne tient pas compte de ce que les biologistes appellent le morcellement et l’effet de bordure. Il faut presque doubler la superficie touchée par la construction de maison pour en mesurer l’effet sur la survie de la biodiversité. Un animal qui vit au milieu d’une forêt n’est pas fait pour survivre au bord d’un restant de forêt! Un petit territoire protégé ne suffit pas pour préserver la biodiversité.
- L’impact sur la vie animale n’a pas été étudiée; l’inventaire des oiseaux (faune aviaire), des grenouilles et autres, commencé à l’automne 2008 et qui vient tout juste de se terminer n’a pas té considéré dans le document de la Ville de Châteauguay. Les biologistes s’entendent tous pour dire que le meilleur indice de la richesse ou la pauvreté d’un site nous est donné par la présence des oiseaux. Il faut en tenir compte avant de prendre la décision de détruire leur milieu de vie.
L’impact économique
La valeur des services rendus par une forêt n’ont pas été présentés à la population.
ON a «oublié» de dire:
- Que le marché des loisirs de plein air représente une somme annuelle de 1,3 milliards au Québec.
- Que 45% de la population pratique la randonnée, la raquette ou le ski de fond.
- Que plus de la moitié de la population du Québec habite la région de Montréal mais que cette région n’offre à peine que 10% du total des sentiers québécois.
- Que la demande pour les sentiers de proximité est en croissance constante mais que très peu de villes peuvent développer de nouveaux réseaux en milieux naturels, ayant déjà presque tout détruit.
- Que Châteauguay et Léry sont dans une position privilégiée parce qu’ils possèdent un immense corridor vert de très haute valeur écologique qui a tout le potentiel pour devenir un des plus beaux parcs du sud du Québec.
- Que la valeur moyenne des logements de Saint-Bruno, qui possède un parc de conservation mis en valeur depuis 1985, est de 63% supérieure à celle de Châteauguay.
- Que les niveaux de taxation y sont moins élevés (33%) et ce, même si la densité de population au kilomètre carré n’est que la moitié de celle de Châteauguay.
- Qu’avec ses 750 000 visiteurs annuellement, le parc du Mont Saint-Bruno génère une activité récréo-touristique non-négligeable. Le parc de Châteauguay-Léry pourrait espérer un niveau de fréquentation semblable dans un avenir assez rapproché.
- Que la création d’un parc à rayonnement régional offrant des dizaines de kilomètres de randonnée en pleine nature de Montréal donnerait à Châteauguay une identité forte et confirmerait son slogan «ma vraie nature…»
En conclusion
Je voterais pour le scénario C si ce dernier n’avait pas été contaminé par 5 millions de beaux dollars en tuyaux inutiles, et si vous vous étiez donné la peine de demander à vos consultants d’ajouter un volet «conservation et développement» à ce scénario.
Un parc, ça se développe!
Je devrais donc rejeter vos trois scénarios et vous demander de refaire vos devoirs avec plus de sérieux et d’honnêteté scientifique. La conservation et la mise en valeur d’une des plus belles et dernières forêts du Québec méridional mérite beaucoup mieux que le pitoyable exercice démagogique auquel elle a eu droit.
De plus, j’ose espérer que la mécanique du comité aviseur sera suffisamment subtile pour tenir compte des opinions qui proposent autre chose que: A-B-C et que tout ce qui est différent des scénarios proposés ne sera pas classé dans les «bulletins rejetés».
P.-S.: Pour votre information, je joins à cet envoi des textes pertinents à la compréhension des enjeux :
Approche économique de la biodiversité et des services liés aux écosystèmes, Contribution à la décision publique.
Rapport du groupe de travail présidé par Bernard Chevassus-au-Louis, Jean-Michel Salles, vice-président, Jean-Luc Pujol, rapporteur général. Centre d’analyse stratégique. Rapports et documents. Premier ministre de la République Française. Avril 2009.
Portrait et enjeux de développement des sentiers et des lieux de pratique.
Loisirs de plein air au Québec. Conseil Québécois du loisir. Résumé du rapport de recherche: portrait des enjeux liés au développement et à la pérennisation des sentiers et des lieux de pratique de loisir de plein air. Mars 2008.
