Un habitat exceptionnel menacé par un conseil municipal sans vision de développement durable
Mémoire déposé par Marc-Philippe Christophe, géophysicien, en réponse aux scénarios d’urbanisation offerts par la Ville de Châteauguay au 14 août 2009.
Chers membres du conseil de Ville de Châteauguay,
Notre ville est en pleine période de questionnement. L’heure est venue d’exprimer nos désirs sur l’avenir de nos derniers espaces naturels non protégés. Le secteur du Sud-Ouest est le prochain à la liste de l’abattoir. Le vent de l’autoroute 30 souffle très fort sur les boisés entourant le Centre écologique Fernand-Seguin. Près de 4 hectares de forêt se sont littéralement volatilisés l’été passé afin d’y construire un centre de soccer intérieur dont les travaux sont en panne depuis l’automne dernier dû à un manque de fonds.
Le Châteauguay urbain a pris beaucoup d’expansion ces dernières années. Des parties jadis cultivées ont été abandonnées en périphérie de la zone urbaine et de nombreuses maisons y ont vu le jour. Notamment, les anciens champs le long du boulevard René-Lévesque, entre le boul. Saint-Joseph et la Rivière Châteauguay, sont désormais garnis de quelques centaines de ces nouvelles demeures. Juste de l’autre côté de la rivière, les terrains entre les boulevards Primeau, René-Lévesque, Sutterlin, Brisebois et la rue Le Jeune sont bâtis ou en voie de le devenir. Juste pour ces deux secteurs plus de 1 000 unités de logements occuperont ces anciennes terres agricoles. Pour couronner le tout, les champs entre le boulevard René-Lévesque, le chemin de la Haute-Rivière et la future Autoroute 30 seront remplis de commerces d’ici quelques années. La Ville a atteint sa limite d’expansion horizontale, elle s’attaque maintenant à la ceinture verte Châteauguay-Léry. Pourtant, ça fait plus de 20 ans que nous cherchons à protéger ce corridor vert. Vraiment, le conseil actuel a un appétit sans vergogne.
Pour chercher à nous courtiser, la Ville nous a sollicités sur un projet de développement concernant les terrains adjacents au futur centre de soccer intérieur et ceux du secteur juste en face, entre le boulevard Brisebois, René-Lévesque et l’avenue Bourdon. On nous demande de faire un choix sans même tenir compte des espaces résidentiels limitrophes prochainement construits au nord du boulevard René-Lévesque entre les boulevards Brisebois, Sutterlin et Primeau. La Ville nous expose trois scénarios: détruire un peu, beaucoup ou complètement ces espaces naturels en terrains privés. On n’a même pas l’option de tout protéger. La Ville nous annonce qu’elle va au minimum refaire le boulevard Brisebois, empiétant ainsi sur une partie de la friche, développant la parcelle isolée et qu’il y aura une bâtisse au coin nord des boulevards Brisebois et René-Lévesque. Je trouve que la Ville de Châteauguay n’a aucune vision de développement durable. Elle en est même arrogante lorsqu’elle nous dit que c’est à nous citoyens, citoyennes de décider sur l’avenir de ce boisé. Elle n’aurait sûrement pas procédé à ces séances d’informations si SOS Fernand-Seguin n’avait pas pressé le citron. Plus de 10 000 personnes ont signé la pétition réclamant aux autorités municipales, régionales et provinciales la préservation de cette ceinture verte. Il me semble que ça mérite une position claire de la part de nos élus. Voulez-vous la sauvegarder cette ceinture verte, oui ou non? Heureusement, il y a un peu d’espoir car un nouveau maire sera élu en novembre prochain.
Saviez-vous que plus de 25 espèces en péril ont été recensé dans la ceinture verte? Le mémoire d’Héritage Saint-Bernard révèle que 17 espèces de plantes, 3 espèces de reptiles, 2 espèces d’oiseaux et 3 espèces de champignons sont désignées menacées ou vulnérables, ou susceptible d’être ainsi désignées. De plus, une autre espèce d’oiseau en péril, le Pic à tête rouge, aurait déjà été observé dans la bande verte par Pierre Aquin dans les années 1980 (Le Saint-Bernard classique, 1987 p. 28).
Saviez-vous que la forêt de la ceinture verte est une richesse qui se raréfie à chaque année? «Plus de 70% des habitats forestiers de la vallée du Saint-Laurent ont disparu en réponse à l’urbanisation, l’intensification et la transformation des pratiques agricoles, lesquelles sont orientées vers des pratiques qui ont industrialisé de plus en plus ce secteur. Cette situation est particulièrement observable au sud de Montréal, ayant pour effet de fragiliser le couvert forestier en le fragmentant sans cesse. La perte d’habitats de migration et de reproduction est responsable du déclin de très nombreuses espèces d’oiseaux de ces agro-écosystèmes.» (Fondation les oiseleurs du Québec inc.). «À titre d’exemple, si les boisés occupent d’une façon générale un peu moins de 50% de la superficie des agro-écosystèmes du sud du Québec, on constate cependant que dans la partie la plus à l’ouest de la province, ceux-ci n’occupent plus qu’une toute petite fraction du territoire.» (Service Canadien de la Faune, Atlas de conservation des boisés)
Saviez-vous que la fragmentation des habitats a un impact sur la biodiversité? «Or, la fragmentation des habitats et la transformation des paysages naturels en agro-écosystèmes furent reconnues comme étant les principales causes de l’extinction et de la diminution des effectifs de plusieurs centaines d’espèces animales et végétales sur la terre.» (Service Canadien de la Faune, Atlas de conservation des boisés) Plusieurs espèces aviaires nécessitent un grand couvert forestier afin de se reproduire. Le Tangara écarlate, la Grive fauve, la Grive des bois, la Paruline couronnée en sont quelques exemples parmi les oiseaux nicheurs recensés par le Club des ornithologues de Châteauguay. Le succès de reproduction de la Paruline couronnée est avantagé dans de grandes étendues de forêt. Un mâle sur quatre se reproduit dans une forêt de 9 à 140 hectares contrairement à trois mâles sur quatre dans une forêt de 500 hectares et plus. Une fragmentation des zones boisées expose aussi les oiseaux forestiers de l’intérieur au parasitisme du Vacher à tête brune. En effet, cette espèce ne fréquente pas les forêts mais les bordures des forêts. Or si les forêts sont morcelées, le vacher s’y trouve avantagé. Le vacher pond ses œufs dans les nids des autres espèces. Les petits naissent et se font nourrir par l’espèce hôte. Les petits vachers vont même tuer les véritables oisillons de l’espèce qui lui offre l’hospitalité. (Atlas de oiseaux nicheurs du Québec)
Pour toutes ces raisons, aucuns des trois scénarios proposé par la Ville de Châteauguay n’est conforme à mes exigences. Je propose donc un scénario D, la préservation entière de la ceinture verte Châteauguay-Léry, donc une conservation totale du secteur à l’étude. J’espère sincèrement que le prochain conseil municipal sera prendre la bonne décision, d’autant plus que 2010 est l’année internationale de la biodiversité.
